I
J'ai traversé l'océan comme on vient rendre visite à ses parents, un jour de fête des Mères. Pour honorer sa mère et visiter son père...lorsque celui-ci en est (toujours) capable.
Je savais que ce n'était pas un voyage exotique « clé en main » à 300 euros qui nie l'essence même du voyage...le laborieux voyage ! Tapissé d'orties et de senteurs transfixiantes...
C'était en quelque sorte, le premier rendez-vous téléphonique avec Mon psychanalyste...
J'avais appris bien plus tôt que seule notre histoire nous appartient et encore faut-il la (re) construire. (Apprendre à la reconstruire devrais-je dire !)
Pourtant, je l'ai traversé l'atlantique (en vrai) avec le sentiment de mon grand père, d'éprouver dans ses vaisseaux l'amplitude interminable, magnétique, du voyage...n'ayant pourtant pas mis vingt ou trente jours à annihiler les distances de retrouvailles hypothétiques et profilées par les rondeurs du temps.
C'est sur la terre de - Juanacaèra - que j'ai choisi de rencontrer Ma parole...la parole des hommes...la part des hommes qui me revient...socle de sable caraïbe ballotté par les humeurs humaines.
J'y ai croisé, me suis frotté aux bribes de souvenirs d'enfance que mon grand père avait bien voulu me laisser...premières pierres édifiantes de mon incertaine existence...livres volés à la moiteur et aux rêves d'amour de sa jeunesse et des espoirs qu'il m'a légués...génétiquement transmis par les vapeurs de rhumerie et d'humidité chargée de feuilles géantes écrasées sous nos pas. Des souffrances aussi, il y en eut.
...Aussi inexplicable que le quadrillage effacé dans la marge de mon cahier d'écolier.
C'est donc d'un livre d'histoires dont-il s'agit...
Figure renversée du désir de mon vieux géniteur qui pousse l'écriture comme on fait lever le pain...
En se couchant tôt !
La dengue terrasse aussi les bienveillants.
Alors, j'écris !
(Pour ne pas éviter la fuite)




